Sur le chemin de blessés de Irak: Le petit Mohammed se confie à lui-même
TROIS SEQUENCES IMAGEES peuvent–elles suffire à tisser l’essentiel de l’histoire de Mohammed (8ans) ?
ESSAYONS…
LA PREMIERE, se situe encore dans ces récits répétitifs d’explosions dont les déflagrations déchirent le ciel et la terre les habits comme les corps ne distinguant rien de l’humain et du reste. Aucune priorité n’est accordée, les morts et les survivants sont traités de la même façon… “le sauve qui peut” n’a pas sa place, il n’est que le fruit du hasard. Mohammed est pris dans ce tourbillon… Il allait au marché avec sa grand-mère et sa sœur… Elles meurent sur l’instant toutes les deux… Il survivra, découvert dans cette fumée opaque et noire qui suit le feu ravageur. Il ne perd pas conscience, seules, euphémisme, ses deux jambes semblent en poussière.
LA SECONDE SEQUENCE me fait témoin de cette histoire et de ce petit bonhomme qui entre en marchant malgré tout, disloqué, il lance en pas de côté ses jambes désarticulées et raides… Malgré ses incompréhensibles enjambés, il garde la ligne droite avec la précision du funambule sur son fil qui rattrape toujours son équilibre.
IL PEUT RACONTER l’avant, le marché… Sa sœur… Sa grand-mère, mais au moment où le réel surgit, il s’arrête m’adresse un extraordinaire sourire et fait avec ses mains un geste de dénégation « je ne me souviens pas »… Il m’interdit par ce simple geste de tomber dans les niaiseries des inconditionnels des débriefings systématiques, d’interroger plus avant.

DE CE TROU du réel qu’il a parfaitement repéré et repéré comme indicible, et hors sens, il en fait son affaire à lui. Cette mise en garde qu’il m’adresse, m’indique sa réponse à lui. Il n’avait rien perdu de la scène creusant l’irréparable brèche, mais sa logique à lui Mohammed, du haut de ses 8 ans, l’a emporté sur la logique de l’événement que tout un chacun jugerait impensable. Il m’invite à faire comme lui, échapper, surtout ne pas s’engluer dans la fascination du dramatique.
LA TROISIEME SEQUENCE devient simple alors, le « c’est comme ça » du symbolique, le fait rejoindre la réalité de sa vie, sa vie d’enfant blessé, il peut dire ses difficultés à marcher, les souffrances des traitements, mais aussi, petite revanche personnelle comment il arrive à jouer au foot…. Il peut rire et pleurer sa sœur compagne de jeux, son regard à l’éclat de ses émotions. Ce qu’il dit, sa douceur mature, et les très belles expressions de son visage sont le gage de sa propre victoire sur la tragédie familiale.
Maryvonne Bargues
Psychiatre Amman juin 08

un de ses pieds est amputé l’autre réduit à un lambeau de chair qu’il tente, je le verrai par la suite, de rendre approprié à ses déplacements.
BREF LA GUERRE est là, partout, ses effets indésirables (euphémisme) se complètent se mélangent, se contredisent. Les différences de religions deviennent un prétexte habilement utilisé. Les milices se forment, certaines officielles et repérés, d’autres, plus artisanales et pas moins dangereuses pour les civils.
d’être commenté, certains même le fêtent comme un succès. Dick Cheney le relate dans la presse « it was successful… dramaticly ! » à entendre comme « un succès spectaculaire » si l’on traduit bien
déchirant les corps ; elles éjectent les sujets de leur humanité, les tuent ou les réduisent au mieux en corps délabrés, broyés d’où « l’humain est alors parfois, au sens littéral méconnaissable, fantomatique !