Ali : l’ordinaire et le tragique.
SUR LE CHEMIN DE BLESSES D’IRAK (4)…
UN HOMME JEUNE et distingué pousse une chaise roulante, celle d’Ali, son fils 5 ans, souriant vif avec le charme de ces enfants dorés des gamins du Moyen orient,
un de ses pieds est amputé l’autre réduit à un lambeau de chair qu’il tente, je le verrai par la suite, de rendre approprié à ses déplacements.
ILS VIENNENT DE Bagdad. Il y a quelques temps, Ali avec sa mère et son oncle a croisé la menace quotidienne du chaos…l’explosion qui pulvérise dans un brouillard de poussière de feu, tout ce qui est à proximité, transformant en projectiles, passants, bitume, buildings, bref tout ce qui fait le paysage et la vie ordinaire de la rue des villes.
LES CADAVRES S’ALIGNENT, les blessés se fracassent un peu plus. Quand prend fin ce funeste feu d’artifice…commence le ballet des ambulances.
ALI, EST FRACTURE de partout, couvert de sang, sidéré et comme inerte.Il est si pale, il est considéré comme un enfant mort. L’étourdissant fracas, le bruyant bourdonnement des flammes n’autorisent à personne d’entendre le souffle si mince d’Ali ne pouvant crier pour appeler sa mère… Les cadavres déposés à la hâte dans des picks- up s’amoncellent, Ali s’y retrouve avec d’autres corps Terrifiante ((et heureuse ?) coïncidence, Ali est jeté sur le corps de sa mère…
Tout cela sera peut-être restitué en 2 secondes à la TV…
L’HISTOIRE POURRAIT S’ARRÊTER là, c’est ainsi en Irak, après tout on le sait, et n’est ce pas rentré dans notre quotidien médiatique ? Certains jours le chaos et l’horreur attendent à la porte, le lendemain, ils vous transpercent le corps…
UNE NOTRE SINGULIERE défier cette réalité acceptée par nous qui ne sommes concernés que de très loin. Ali notre petit « Dormeur du Val » irakien va reprendre connaissance et pourra raconter le peu, mais l’essentielle sensation vécue dans le pick- up…il était là appelant sa mère qui ne répondait pas…
je croyais qu’elle dormait…j’appelais…j’appelais j’ai toujours l’image là (montrant sa tête) après je sais plus”
C’EST ALORS QUE sa conscience l’a abandonné pour quelques jours .Seul, survivant dans le pick- up parmi les cadavres, Ali fixe cet instant, ce point de réel en une image qui ne sera qu’à lui. Traumatisme et fantasme se conjoignent là.
MAINTENANT LA SORTIE du traumatisme est de l’ordre de l’acte qui fait relance… Ali et son père attentif sont là, décidés à subir ce qui reste à subir au niveau des soins, de ce qui redonnera le maximum d’autonomie pour affronter la suite.
CET EVENEMENT TRAGIQUE comme beaucoup sera peut-être le début très unique d’une histoire dont il se débrouillera? Ses rires, son espièglerie, sa façon de tout transformer en jeux et en humour, l’absence de plaintes, ses investissements de toutes sortes me feraient volontiers penser qu’Ali peut échapper à la fascination qu’induit l’horreur vécue.
CERTES LES OMBRES de la nuit et les lueurs des flammes, résurgence de ce qu’il a vu, sont encore capables de le faire frissonner, mais après tout ?
Maryvonne Bargues (psychiatre Amman )
BREF LA GUERRE est là, partout, ses effets indésirables (euphémisme) se complètent se mélangent, se contredisent. Les différences de religions deviennent un prétexte habilement utilisé. Les milices se forment, certaines officielles et repérés, d’autres, plus artisanales et pas moins dangereuses pour les civils.
d’être commenté, certains même le fêtent comme un succès. Dick Cheney le relate dans la presse « it was successful… dramaticly ! » à entendre comme « un succès spectaculaire » si l’on traduit bien
déchirant les corps ; elles éjectent les sujets de leur humanité, les tuent ou les réduisent au mieux en corps délabrés, broyés d’où « l’humain est alors parfois, au sens littéral méconnaissable, fantomatique !