Sri Lanka : conversation téléphonique avec Paul McMasters, chirurgien à Vavuniya

À l’hôpital de Vavuniya, au nord du pays, l’équipe de MSF et le personnel médical du ministère de la Santé ont travaillé sans relâche ce weekend encore. Le nombre de patients à l’hôpital s’est stabilisé au cours de ces deux derniers jours, il est de 1 700. Une partie des victimes qui sortent de la zone des combats est maintenant dirigée vers d’autres hôpitaux afin de désengorger celui de Vavuniya.
MSF a proposé au gouvernement sri lankais d’accroître ses activités médicales. Des discussions sont en cours avec les autorités pour obtenir leur autorisation.

Dimanche 26 avril 2009 - Le personnel médical continue à travailler 24h/24 et la situation évolue de jour en jour. Le nombre de patients admis nécessitant une intervention chirurgicale d’urgence a très brusquement chuté avant le weekend. Le 23 avril, nous avions 44 patients dans ce cas. C’était le premier jour depuis dimanche où ils étaient moins de 100. Le 24 avril, ils n’étaient que 18.

Je n’ai pas d’informations selon lesquelles il y aurait moins de victimes en provenance du nord du pays mais vu que nous sommes saturés, ils essayent maintenant de diriger les patients vers d’autres hôpitaux.

Les patients s’entassent toujours dans les services, les couloirs, et même sur le sol. Ils présentent des fractures, des blessures par balle ou par éclat d’obus… Il y a beaucoup de personnes qui attendent dans les services, pour certains jusqu’à 24 heures, avant d’aller au bloc opératoire.

Samedi, Tim (l’autre chirurgien de MSF) et l’équipe sri lankaise arrivée jeudi dernier, sont restés au bloc jusque tard dans la nuit afin de soigner les nombreuses victimes encore en attente de leur opération.

J’ai passé toute ma journée d’hier à voir des centaines de patients, à examiner des radios, à suturer des plaies, poser des plâtres, procurer des béquilles aux patients, les faire marcher avec et enseigner la kinésithérapie aux infirmières (il n’y a qu’une kinésithérapeute pour l’ensemble de l’hôpital).

Aujourd’hui, Tim est resté à l’hôpital tandis qu’avec d’autres collègues, je suis allé à l’hôpital de Mannar, dans l’ouest, pour voir s’ils pouvaient nous aider à soigner les blessés que nous avons reçu. Tous les hôpitaux sont vraiment saturés. L’hôpital de Mannar a une capacité de 350 lits pour presque 1 000 patients. Certains d’entre eux sont sous des tentes à l’extérieur de l’hôpital.

Aujourd’hui, nous sommes également allés à Manik Farm, à 40 km au sud-ouest de Vavuniya. Il y a maintenant 100 000 déplacés là-bas. Les bulldozers sont en train de dégager plus de terrain afin d’agrandir le camp. L’UNICEF monte des tentes par centaines. Nous y sommes allés pour évaluer les besoins et voir ce que MSF pouvait faire là-bas.

Un homme originaire du nord du pays arrivé à Manik Farm quelques jours auparavant est venu vers nous et nous a dit : « Je n’ai rien, je n’ai rien ». Il était là, debout, traumatisé par les bombardements et nous disait simplement : « Je n’ai rien ».

Ce soir, je suis à Vavuniya. Il pleut des cordes. S’il fait le même temps à Manik Farm, le camp va se transformer en bain de boue.

Ce weekend, nous avons quasiment opéré tous les patients qui attendaient toujours leur intervention et l’équipe chirurgicale sri lankaise est partie plus tôt aujourd’hui. Il se pourrait qu’on en ait une autre plus tard dans la semaine.

Je n’ai pas entendu dire que les combats avaient cessé et je ne sais pas combien de blessés vont encore arriver mais nous sommes prêts à faire face à la prochaine vague, si toutefois il y en a une.

Nous prenons chaque jour comme il vient.

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Sri Lanka - A l’hôpital de Vavuniya avec le Dr Paul McMaster

Paul McMaster, chirurgien MSF, travaille à l’hôpital de Vavuniya, au nord du Sri Lanka. Aujourd’hui, vendredi 24 avril 2009, il raconte comment se sont déroulées les dernières 24 heures à l’hôpital.

Notre équipe à Vavuniya est actuellement très restreinte. J’ai été à l’hôpital 24h/24 et je ne me rend pas bien compte de la situation globale.

Ces dernières 24 heures, nous voyons pour la première fois une diminution du nombre de blessés qui arrivent à l’hôpital. Hier, nous n’avons reçu que 44 patients grièvement blessés. Mais ce matin, ils étaient plus nombreux. On peut supposer que d’autres blessés sont dirigés ailleurs, vers d’autres hôpitaux. Nous avons envoyé une équipe en exploration afin d’obtenir plus d’informations.

Depuis hier, nous avons procédé à 71 opérations chirurgicales importantes. Parmi ces 71 patients opérés, nombre d’entre eux attendaient d’être soignés depuis plusieurs jours, nos équipes étant débordées.

L’hôpital est débordé mais on peut dire que la situation n’a pas empiré au cours de ces dernières 24h. Nous travaillons avec nos collègues sri-lankais qui font tout leur possible pour soulager les blessés. Et on peut saluer leurs efforts.

L’un de nos patients est une petite fille d’environ 7 ou 8 ans qui souffre d’une blessure sévère à la jambe. Sa grande sœur partage le même lit, et souffre quant à elle de blessures aux bras et aux jambes. Leur autre sœur a été brûlée au visage. Leur mère a été tuée et leur père se trouve en soins intensifs. Vu le niveau des soins post-opératoires que l’on est en mesure de fournir, on peut dire qu’il a, au mieux, 50% de chances de s’en tirer.

Nous ne voyons que les patients grièvement blessés – trop de personnes sont malades – parmi les blessés, de nombreuses personnes souffrent de la varicelle. Nous avons entendu dire qu’il y a eu des épidémies de varicelle dans les camps car le système immunitaire des gens est très diminué.

On continue mais le niveau d’activités a chuté ces dernières 24 heures. Nous essayons de nous remettre du rythme soutenu des ces derniers jours. En ce moment, l’équipe sri-lankaise est en salle d’opération quant à nous nous travaillons à organiser les services.

Nous avons 320 patients dans une salle dont la capacité d’accueil est de 45 lits. C’est tellement saturé que les infirmières ont du mal a passer dans les allées.

Nous parvenons à opérer la grande majorité des patients, mais le problème c’est que nous manquons d’infirmières pour leur prodiguer les soins post-opératoires indispensables à leur survie. Nos infirmières font un excellent travail, elles travaillent 18 à 20 heures par jour et on me dit que des infirmières vont être envoyées en renfort : les autorités sri-lankaises ont fait de leur mieux pour envoyer à l’hôpital du personnel médical supplémentaire.

Il y a tout simplement trop de gens pour pouvoir les soigner tous. En raison du manque de personnel infirmier, nous ne parvenons pas à sauver certains patients car nous avons du mal à leur apporter les soins post-opératoires nécessaires.

Encore une fois, je n’ai pas assez de recul pour avoir une vue d’ensemble du contexte ici, mais des rumeurs rapportent que plus de gens devraient arriver dans les prochains jours, mais bien entendu, on n’est pas en mesure de vérifier cette information. Les patients nous racontent avoir vu un grand nombre de blessés, et nous nous préparons pour en recevoir plus encore. Hugue (le chef de mission de MSF au Sri Lanka, ndlr) et d’autres se sont rendus à la frontière du Vanni pour y évaluer la situation.

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